Italie

Mardi 15 juillet 2014 2 15 /07 /Juil /2014 03:36

Petit clin d'œil (au troisième degré !) aux amis bi-nationaux franco-piémontais Jeanne et Louis... ou des avatars des nationalismes d'antan...

Par rene - Publié dans : Italie
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Vendredi 11 juillet 2014 5 11 /07 /Juil /2014 00:05

Tarantella - Patrizia Bovi & Adolfo Broegg

Robert Buchanan

Par rene - Publié dans : Italie
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Jeudi 12 juin 2014 4 12 /06 /Juin /2014 20:25

peri

 

Suite de [ Au lendemain du Congrès antifasciste de 1929, perspectives ? ]

 

Un article du jeune responsable et journaliste communiste Gabriel Peri [1902], article éclairant tant sur la stratégie d'alors du PCF que sur l'image de Mussolini, "homme d'État" auquel la presse conservatrice française donne du "Monsieur"...

 

 

L’Humanité, 14 mars 1929

Contre le fascisme ! Contre la socialdémocratie ! Contre la guerre ! [toujours les deux adversaires politiques, mis dans le même sac]

 Le Congrès de Berlin – Le discours de Rome

 

Dimanche, tandis qu’à Berlin le Congrès mondial antifasciste donnait le spectacle de la force résolue et de la cohésion puissante, dont l’Humanité a publié la description, 

[cf. : Premier congrès international antifasciste - 1929 ] 

à Rome, Benito Mussolini a éprouvé le besoin de dresser le bilan du régime instauré depuis huit années en Italie. 

[cf. : antifascisme italien 1921-1922 ]

Devant les « quadruum viri » de la marche sur Rome, devant les amiraux et officiers supérieurs en grand uniforme, le Duce a célébré la dictature des chemises noires. Quelques-unes de ses affirmations méritent d’être retenues, car elles empruntent aux circonstances présentes un intérêt particulier.

La campagne qu’à l’appel de l’Internationale communiste les prolétaires de tous les pays ont menée contre le régime du manganello [matraque, gourdin], la dénonciation constante des crimes fascistes, l’évocation de la résistance des ouvriers d’Italie, ont, on peut aujourd’hui l’affirmer, atteint un de leurs objectifs. Le temps n’est plus où le Duce se contentait de hausser les épaules, le temps n’est plus où il « tuait en paix ». Aujourd’hui, chacun de ses forfaits soulève la colère du monde du travail et l’immense intérêt que présente à nos yeux la manifestation de Berlin, c’est qu’elle constitue une tentative grandiose de discipliner et de coordonner cette colère, de lui donner un contenu politique, une base de classe.

Le fascisme a senti le danger. Dimanche, au théâtre de Rome, Mussolini a cru devoir polémiquer avec l’antifascisme révolutionnaire, défendre le Tribunal spécial, excuser la terreur. « Notre tribunal a été sévère, mais juste », a-t-il proclamé. « Notre terreur est bien pâle ».

Nous savons ce qu’il faut penser de cette défense. Le Tribunal dont on prône la générosité a distribué au cours de ces deux années 4.765 années de réclusion à 939 antifascistes.

La terreur dont on prétend démontrer le caractère anodin s’exprime par le régime des « geôles sourdes » ; la détention dans les cachots infâmes de Sant-Stefano, l’application de la « machine à faire parler », l’assassinat dans les souterrains des prisons, la fusillade au petit matin dans les cimetières.

Incapable désormais de tenir pour négligeables les accusations précises du prolétariat révolutionnaire contre sa politique de répression intérieure, le Duce ne peut négliger non plus l’alarme sonnée par l’Internationale communiste contre l’impérialisme fasciste.

A ce propos encore, l’orateur du Théâtre de Rome a esquissé un plaidoyer misérable : « Il n’y a pas d’impérialisme fasciste, a-t-il dit. L’Italie se contente de signer avec ses voisins des pactes d’amitié. Elle n’aspire qu’à vivre en paix. »

Ce langage fera peut-être illusion à des informateurs superficiels. Il correspond en vérité à des nécessités politiques bien précises. Hier, lorsque l’Italie fasciste développait son plan d’expansion sous la protection des banquiers de la Cité et des politiciens du Foreign Office, ses hommes d’Etat pouvaient se permettre des sorties oratoires tapageuses : « Nous avons faim de terre », écrivait alors Francesco Coppola [journaliste et idéologie du fascisme] . Le Duce lui même proclamait : « Notre avenir est sur l’eau », et il écrivait dans le Popolo d’Italia[le quotidien fasciste] du 9 novembre 1927 :

" L’Italien de demain, c’est-à-dire le ballila et l’avantguardista d’aujourd’hui [tous les jeunes Italiens devaient faire partie des organisations fascistes, avec uniforme et armes factices : Fils de la Louve de 4 à 8 ans, Ballila de 8 à 14 ans, Avantguardisti de 14 à 18 ans], possèdera comme un don naturel la manière de penser fasciste et sera pénétré de quatre postulats, qui sont : 1° que l’Italie est le pays qui mérite d’être le plus grand et le plus puissant du monde entier ; 2° Que l’Italie sera la pays le plus grand et le plus puissant du monde entier ; 3° Que les lois italiennes sont les plus parfaites du monde entier ; 4° Que les hommes d’Etat italiens sont les plus capables et qu’on leur doit respect et obéissance."

Depuis la conclusion de l’accord franco-britannique – véritable alliance qui se traduit par une collaboration constante des deux impérialismes dans toutes les régions névralgiques de l’Europe – la manœuvre du fascisme est devenue plus difficile.

Il n’a pas cessé de préparer la guerre, mais il a dû mettre une sourdine à ses proclamations explosives d’autrefois.

Son langage a besoin de se faire patelin pour ne pas indisposer les hommes du Foreign Office. Sa politique fondamentale n’a point changé : elle vise toujours à la conquête des débouchés, à la conquête de la primauté méditerranéenne et balkanique. Mais pour parvenir à cet objectif, il a modifié les formes de son effort.

Il fait passer au second rang la harangue belliqueuse, au premier rang la préparation diplomatique et technique de la guerre.

C’est à ces préoccupations que répondent et les paroles du Duce et l’effort simultané de l’Etat italien. Hier, le ministre Grandi allait de Rome à Athènes et d’Athènes à Angora[Ankara] ; puis le lien bulgaro-italien se resserrant, Volkof est devenu ambassadeur à Rom. Pour ne point indisposer les Hongrois, Sciajola s’est abstenu de prendre part à la controverse sur les minorités. « Nous assistons au débat en spectateurs », écrivait à ce propos le Popolo d’Italia.

Dans le même temps enfin, le conseil des ministres italiens ordonnait la construction de nouvelles unités navales.

Il y a quelques jours, une convention aérienne intervenait entre la France et l’Italie. Il serait fou d’interpréter cet acte comme un signe de la détente entre les deux puissances, encore moins comme un gage de paix.

L’accord aérien franco-italien complète le réseau des conventions de ce genre signées par l’Italie pour assurer, en vue de la guerre, une position de choix à l’aviation italienne.

Voyez comment la Tribuna commente l’accord en question :

« L’Italie ne pourrait pas limiter ses propres possibilités d’expansion dans la zone fermée du littoral méditerranéen ; l’aéronautique ne pourrait pas restreindre volontairement son champ d’action alors que toutes les nations étendent leurs tentacules vers les points les plus éloignés du globe. L’aviation italienne doit pouvoir respirer à l’aide ; elle doit marcher de pair sans perdre un pouce de terrain avec le développement des activités aériennes étrangères. L’Italie dirige maintenant sur la Méditerranée un regard vigilant. Depuis 1926, en moins de trois ans, l’Italie a conquis la primauté en dépit des prévisions pessimistes des défaitistes de l’aéronautique italienne. »

LatranEt ce sont des soucis de même ordre qui ont inspiré, nous n’en doutons pas, la signature précipitée des accords avec le Saint-Siège dont le Duce a parlé dimanche avec une satisfaction marquée. [Les accords du Latran (11-2-1929), traité entre le Saint-Siège et l'Italie, réglaient la question romaine en limitant la souveraineté du Pape à la Cité du Vatican, devenue État ; en contrepartie, le catholicisme devenait religion d'État en Italie. Sur la photo, signature par le cardinal Gasparri et Mussolini.]

Ces explications aident à comprendre le nouveau genre oratoire de Mussolini. Elles préviennent les interprétations dangereuses qu’il pourrait susciter, et elles justifient la sûre tactique que le Congrès de Berlin a définie pour le combattre.

La tactique que l’Internationale communiste, au cours de dix années de bataille, n’a cessé de recommander.

La tactique de la lutte révolutionnaire sur le front de classe.

La tactique de la lutte commune contre le fascisme et contre la guerre imminente.

Gabriel PERI.

[Arrêté par la police française en 1941, Gabriel Peri est livré aux autorités allemandes qui le font fusiller comme otage]

Par rene - Publié dans : Italie
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Mercredi 11 juin 2014 3 11 /06 /Juin /2014 03:44

bandiera-arditi-di-civitavecchia

 

L'emblême des Arditi del Popolo : la hache populaire brise le faisceau (fascio)

 

Hymne des Arditi del Popolo :

Rintuzziamo la violenza / del fascismo mercenario./ Tutti in armi ! sul calvario / dell’umana redenzion. / Questa eterna giovinezza / si rinnova nella fede / per un popolo che chiede / uguaglianza e libertà." 

 

 

J'écrivais en 2012 sur ce blog, dans le billet [ Ils sont arrivés au pouvoir par la voie "légale"... ] :

Mars 1919, fondation par Mussolini des Faisceaux italiens de combat (Fasci italiani di Combattimento). Aux élections d'octobre 1920, les Fasci font partie du Bloc constitutionnel droite-centre. Ils deviennent en 1921 le Parti National Fasciste (Partito Nazionale Fascista). 1922, les fascistes marchent sur Rome. Sur ordre du Roi et du gouvernement de droite, l'armée, qui avait tous les moyens de les en empêcher, n'intervient pas. Le Roi nomme Mussolini chef du gouvernement. Il forme un gouvernement avec des fascistes, des conservateurs et des libéraux. 1925, le PNF devient le parti unique de la dictature. "

 

Voyons cela de plus près. Italie antifasciste... Il n’est bien sûr pas question ici de faire l’histoire de ces deux années tumultueuses et tragiques qui virent in fine la victoire de Mussolini, au lendemain de la Marche sur Rome (28 octobre 1922). Elles succédaient à deux années, "il biennio rosso", qui avaient épouvanté la bourgeoisie italienne : grèves, occupations armées d'usines, occupations des terres des grands propriétaires, violents conflits avec les forces dites de l'Ordre... Le prolétariat industriel et le prolétariat agricole en sortaient vaincus mais non résignés. Les conservateurs et les possédants comprirent rapidement quelle arme pouvait être l’entreprise nationaliste fasciste naissante, encore couverte de démagogie sociale, et portée par un véritable soutien de masse. Avec souvent la bienveillante compréhension des autorités, les troupes de choc fascistes entreprirent de briser par la terreur les structures du mouvement ouvrier italiens, ses sièges, ses journaux, et naturellement ses militants.

Un exemple entre mille : fin février 1921, les fascistes assassinent deux cheminots à Florence et tentent d'occuper le populaire quartier de San Frediano. Ils en sont chassés par la population. Mais ce sont la police et l'armée qui attaqueront alors les barricades populaires.

Cette couverture du très répandu Petit Journal illustré montre bien où vont les sympathies de la "bonne presse " française. "Heureusement qu'il y a des carabiniers !" pourra penser le lecteur...


florence 1921

C’est dans ce contexte d’apparente « démocratie bourgeoise », mais en fait de terreur permanente, que naquirent en réflexe spontané d’auto défense et de lutte pour la vie les formations de défense prolétarienne, puis les "Arditi del Popolo" (constitués essentiellement de militants anarchistes et communistes) formés en milice contre les expéditions fascistes. La leçon infligée par les Arditi del Popolo, soutenus par la population, à la puissante expédition punitive fasciste contre les quartiers populaires de Parme (août 1922) fait toujours partie de la Geste antifasciste italienne. Cette défaite cuisante poussa Mussolini à hâter le processus de prise du pouvoir et à préparer la Marche sur Rome.

La gauche italienne se trouvait ainsi placée devant une situation de guerre civile larvée. En son sein, les partisans des Arditi del Popolo voyaient dans cette violence défensive le seul moyen de stopper la course au pouvoir des fascistes. Mais, majoritairement à gauche, et notamment dans le vieux et puissant Parti socialiste italien, persistait le sentiment (l’illusion ?) que la gauche pouvait l’emporter électoralement, en respectant la légalité et en se gardant d’effrayer les classes moyennes. Ce fut en particulier la position du socialiste Bonomi, quelques mois Président du Conseil en 1921-1922 avec un gouvernement de coalition. Des dirigeants socialistes et syndicaux réformistes signent même un pacte de non agression avec les fascistes. Le tout jeune Parti communiste d’Italie (né en janvier 1921) connaissait les mêmes divisions. Seule une minorité, dont Gramsci, y soutenait l’autodéfense prolétarienne (c’était également le point de vue de Lénine et de la IIIe Internationale). Et encore, à condition qu'elle ne soit composée que de communistes...

Avec l'accession au pouvoir de Mussolini, fin octobre 1922, - accession "légale" répétons-le - c'est tout l'appareil d'État qui va être mis au service du fascisme. Un semblant de démocratie se poursuivra encore pendant deux ans, avec une opposition légale, mais combien muselée... Cependant, la partie était perdue pour elle. En 1925-1926, les libertés fondamentales étaient liquidées, la parti fasciste proclamé parti unique ; les opposants n'avaient plus le choix qu'entre la prison, l'exil ou la soumission... Comme l'écrira Dimitrov : "L’arrivée du fascisme au pouvoir, ce n’est pas la substitution ordinaire d’un gouvernement bourgeois à un autre, mais le remplacement d’une forme étatique de la domination de classe de la bourgeoisie - la démocratie bourgeoise - par une autre forme de cette domination, la dictature terroriste déclarée".

Désormais, vu du côté officiel français, la régime fasciste est un régime en place, avec lequel on entretient des relations diplomatiques, et souvent de bonnes relations ; à l'exception des rares journaux de gauche, la presse française parle plus volontiers de « Monsieur Mussolini » que du Duce… Les conservateurs français, s’ils n’adoptent pas toutes les idées fascistes, n’en tiennent pas moins gré aux fascistes d’avoir écarté la menace révolutionnaire. Et l'on voit naître les premiers groupes français ouvertement fascistes. J'y reviendrai.

 

La France de 2014 ne ressemble guère à l'Italie de 1921-1922. La bourgeoisie française et, comme on dit, le Grand Capital, n'ont guère de raisons de craindre une poussée révolutionnaire prolétarienne. En l'état, à tout le moins.

Il n'en reste pas moins que l'avenir est imprévisible et que rien ne permet d'écarter, devant une implosion du régime liée aux multiples mécontentements, un recours à l'alliance du FN et d'une partie de la droite. Du point de vue de la respectabilisation et de l'image parlementaire donnée par Mussolini en 1921, l'épisode italien est un vrai laboratoire. Comme il l'est par la tolérance, puis la complicité de l'appareil d'État, et des grands médias, à l'égard des ambitions du Partito nazionale fascista. 

 

 

 

Si vous en avez l'occasion, ne ratez pas le film documentaire de Giancarlo Bocchi, Il Ribelle, Guidi Pacelli, una vita da rivoluzionario, 2011. Sur Picelli, leader de la résistante antifasciste victorieuse de Parme. Cf. :  http://dormirajamais.org/picelli/

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Par rene - Publié dans : Italie
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Jeudi 29 mai 2014 4 29 /05 /Mai /2014 01:33

sœurs France, Italie, deux pays voisins, si proches et si différents, dont les récents résultats électoraux montrent que, devant la crise et le « libéralisme » des directives européennes, les opinions publiques ne réagissent pas de la même façon.

Dans les deux pays, la droite « institutionnelle », qui se réclame du PPE (Parti populaire européen) est en panne. Elle s’est pris une claque en France et ne peut redevenir la première force politique du pays sans l’appui des centristes. En Italie, Forza Italia de Berlusconi n’obtient que 16,82 %. Mais si UMP et FI demeurent naturellement aux aguets, le principal est ailleurs.

Alors qu’en France, l’engagement « libéral » du PS se solde par un effondrement électoral, son alter ego italien du centre gauche, le Parti démocrate (PD) gagne 10 points et obtient le score inégalé de presque 41 % des exprimés (il y a eu 58,69 % de votants, pourcentage supérieur au pourcentage français).

renzi Son leader autoproclamé, et ensuite entériné, le jeune et gourmand blairiste Renzi, totalement converti au néo-libéralisme, a assis son succès sur un mélange d’autoritarisme rassurant (faisant passer en force son déblocage institutionnel avec l’appui de Berlusconi), de démagogie sociale (allègements fiscaux pour les PME et les petits contribuables), d’européanisme assumé mais tempéré par l’exigence de concessions de Bruxelles sur les normes contraignantes… Le tout sur fond de réductions drastiques des dépenses publiques !

On mesure quel vide, quel décervèlement politique, quelle résignation ont suivi le suicide du puissant parti communiste italien, consommé en 1991 au profit d’un curieux rejeton né de ses des noces avec l’ex-Démocratie chrétienne !

Voilà qui bien évidemment ne peut qu’inspirer des dirigeants socialistes français en plein désarroi. Dès avant le scrutin, François Hollande avait annoncé de toute urgence une réforme institutionnelle, Manuel Valls une baisse ou une suppression d’impôts pour les petits contribuables…

Mais ce qui « marche » (provisoirement) en Italie  ne « marche » pas en France. Car si le PS français et le PD italien ont chacun leur trublion, ce sont des trublions fort différents. En Italie, le mouvement 5 étoiles de l’agitateur Grillo (21,16 %) est un conglomérat de mécontents de tous horizons, médiatiquement réunis dans l’idéologie sans autre perspective que le « coup de balai » aux politiques. Son recul conséquent de cinq points aux dernières élections montre d’ailleurs sa fragilité. On sait au contraire que le trublion français est une force unifiée, organisée, soudée par un nationalisme baptisé patriotisme, qui depuis des décennies assure son implantation nationale.

En Italie, la xénophobie, voire le racisme fleurissent dans les rangs de Forza Italia, et sont pleinement assumés par la Lega Nord, qui a repris vigueur et même fait des petits au Sud. Mais si le PD avec Renzi surfe sur la tentation présidentialiste à la française, les Italiens ont été vaccinés avec l’épisode fasciste et ne sont pas prêts à soutenir une résurgence de l’autoritarisme fasciste et nationaliste (le parti néo-fasciste désormais respectabilisé s’est depuis longtemps fondu dans la droite institutionnelle). À ce type d’autoritarisme les Italiens ont préféré, il y a peu, l’ubuesque et vulgaire autoritarisme consumériste de Berlusconi, ce néo-fascisme soft et consensuel qu’annonça Pasolini avant d’être massacré…. Dans ces conditions, on conçoit que la séquence française actuelle, avec la victoire du FN, laisse nos Italiens quelque peu déconcertés.

Un mot encore sur la Gauche de la Gauche…

 

En France, l’effondrement électoral du PS ne profite en rien au petit conglomérat du Front de Gauche, qui stagne à 6 % et ne crie pas victoire !

En Italie, le PD hégémonique a vu apparaître à sa gauche un autre petit conglomérat, « L’Altra Europa », proclamé de « gauche radicale », qui chante victoire… pour avoir dépassé d’un poil les fatidiques 4 %, seuil nécessaire pour obtenir des députés (ils en ont obtenu trois).

En France comme en Italie, le FdG et l’Altra Europa ont pratiqué la référence incantatoire au conglomérat de la gauche radicale grecque "Syriza" (membre du PGE, Parti de la gauche européenne, comme le FdG français). Son leader Tsipras a été invité par le FdG à Paris. Et en Italie, c'est Tsapiras qui était en tête de la liste L'Altra Europa con Tsipras. Syrisa est arrivée en tête avec 26,46 %. 



altra europaOn remarquera que le slogan de L'Altra Europa,  "Prima le persone", est le même que celui du FdG, "L'Humain d'abord". Ce qui est très sympathique, mais ne mange pas de pain.

Mais Rifondazione Comunista aussi bien que le PCF, tous deux composantes de ces conglomérats de gauche, et tous deux partisans d'une "autre Europe" ne partagent en rien les positions du Parti communiste grec KKE, (6,1%), radicalement anti UE. 

 

Par rene - Publié dans : Italie
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Vendredi 9 mai 2014 5 09 /05 /Mai /2014 00:02

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On trouvera une version française de ce texte, "Le mythe américain de trois générations antiaméricaines", dans Umberto Eco, De la littérature, Grasset, 2003.

 

Umberto Eco - L’Unità – 10-11-2001

Il cuore rosso del sogno americano

Caro Furio, mi hai chiesto di ritrovarti un mio vecchio saggio sullo storico «flirt» tra la sinistra italiana e gli Stati Uniti. Avresti dovuto averlo, perché era stato preparato per un convegno, alla Columbia University, nel gennaio 1980, «L'immagine americana in Italia e l'immagine italiana in America», diretto da Giovanni Sartori e di cui tu sei stato l'organizzatore. Il mio testo, insieme ad altri interventi, era stato pubblicato come «Il mito americano di tre generazioni antiamericane». In Comunicazione di massa 3, 1980 (che tu allora dirigevi) e poi è stato ripreso da Laterza, in un volume a più voci intitolato La riscoperta dell'America, del 1984. Del mio scritto dovrebbe esistere anche una traduzione inglese pubblicata da qualche parte, ma non riesco a ritrovarne traccia nei miei archivi. In ogni caso io non parlavo tanto agli italiani, quanto agli americani, ed è per questo che mi diffondevo in notizie su personaggi come Pavese, Vittorini o Pintor.

L'avevo scritto perché immaginavo che per molti americani l'immagine della sinistra italiana fosse quella di militanti che manifestavano per il Vietnam contro «Johnson boia», e volevo far capire loro come almeno tre generazioni della sinistra italiana (forse persino molti che inneggiavano all'Unione Sovietica) erano cresciute all'ombra di un «sogno americano», e se qualcuno si era documentato per dovere d'ufficio sulle traduzioni del Diamat, la maggioranza era cresciuta (e si era aperta a ideali di libertà) leggendo i narratori americani, vedendo film americani, ascoltando musica americana (prima jazz e poi folk) e coltivando una immagine mitica e affettuosa dell'America. È un paradosso, ma è storia. Forse non lo è stata per qualche vecchio «compagno» che ha pianto per la morte di Stalin, ma lo è stata per la grande maggioranza degli intellettuali (traditori come sempre - e come giusto che siano, pronti ad alimentare le contraddizioni all'interno del loro stesso gruppo). Immagino che parte di questa storia possa suonare nuova anche a dei lettori italiani, e forse è giusto ricordarla. La citazione che segue è tratta da l’Unità, 3 agosto 1947, all’alba della guerra fredda. Vi ricordo che «l’Unità» era il quotidiano ufficiale del partito comunista italiano, a quei tempi fortemente inteso a celebrare i trionfi e le virtù dell’Unione Sovietica e a criticare i vizi della civiltà capitalistica americana: «Verso il 1930, quando il fascismo cominciava a essere “la speranza del mondo”, accadde ad alcuni giovani di scoprire nei suoi libri l’America, una America pensosa e barbarica, felice e rissosa, dissoluta, feconda, greve di tutto il passato del mondo, e insieme giovane e innocente. Per qualche anno questi giovani lessero, tradussero e scrissero con una gioia di scoperta e di rivolta che indignò la cultura ufficiale, ma il successo fu tanto che costrinse il regime a tollerare, per salvare la faccia... Per molta gente l’incontro con Caldwell, Steinbek, Saroyan, e perfino col vecchio Lewis, aperse il primo spiraglio di libertà, il primo sospetto che non tutto nella cultura del mondo finisse coi fasci... A questo punto la cultura americana divenne per noi qualcosa di molto serio e prezioso, divenne una sorta di grande laboratorio dove con altra libertà e altri mezzi si perseguiva lo stesso compito di creare un gusto, uno stile, un mondo moderno che, forse con minore immediatezza ma con altrettanta caparbia volontà, i migliori tra noi perseguivano... Ci si accorse, durante quegli anni di studio, che l’America non era un altropaese, un nuovo inizio della storia, ma soltanto il gigantesco teatro dove con maggiore franchezza che altrove veniva recitato il dramma di tutti... La cultura americana ci permise in quegli anni di vedere svolgersi come su uno schermo gigante il nostro stesso dramma... Parteggiare nel dramma, nella favola, nel problema non potevamo apertamente, e così studiammo la cultura americana un po' come si studiano i secoli del passato, i drammi elisabettiani o la poesia dello stil novo».
L’autore di questo articolo era Cesare Pavese, già autore famoso, traduttore di Melville e altri scrittori americani, comunista. Nel 1953, introducendo la raccolta dei saggi di Pavese, morto suicida, Italo Calvino, allora membro del partito comunista (che lasciò ai tempi della vicenda ungherese) così espresse il sentimento che la intellighenzia di sinistra provava nei confronti degli Stati Uniti:
«L’America. I periodi di scontento hanno spesso visto nascere il mito letterario di un paese proposto come termine di confronto, una Germania ricreata da un Tacito o da una Staël. Spesso il paese scoperto è solo una terra d’utopia, una allegoria sociale che col paese esistente in realtà ha appena qualche dato in comune; ma non per questo serve di meno, anzi gli elementi che prendono risalto sono proprio quelli di cui la situazione ha bisogno... E davvero, questa america dei letterati, calda di sangui di popoli diversi, fumosa di ciminiere e irrigua di campi, ribelle alle ipocrisie chiesastiche, urlante di scioperi e di masse in lotta, diventava un simbolo complesso di tutti i fermenti e di tutte le realtà contemporanee, un misto di America, di Russia e d’Italia,con in più un sapore di terre primitive, una incomposita sintesi di tutto ciò che il fascismo pretendeva di negare, di escludere». Come era potuto accadere che questo simbolo ambiguo, ovvero questa civiltà contraddittoria, avesse potuto affascinare una generazione intellettuale cresciuta nel periodo fascista, quando l’educazione scolastica e la propaganda di massa celebravano soltanto i fasti della romanità e condannavano le cosiddette demoplutocrazie giudaiche? Come era potuto accadere che al di sotto e al di là dei modelli ufficiali, la generazione giovane negli anni Trenta e Quaranta si creasse una sorta di educazione alternativa, un proprio flusso di contropropaganda di regime?
Vorrei tracciare a vasti tratti la storia di tre generazioni di italiani che, per diverse ragioni storiche e politiche, in qualche modo si consideravano o avrebbero dovuto considerarsi anti-americani; e che, in qualche modo, da soli, contro o addirittura a sostegno della loro ideologia antiamericana, hanno elaborato un Mito americano. Il primo personaggio della mia storia firmava i suoi articoli, negli anni Trenta, come Tito Silvio Mursino. Annagramma di Vittorio Mussolini, figlio del Duce. Vittorio apparteneva a un gruppo di giovani leoni affascinati dal cinema, come arte, come industria, come modo di vita. Vittorio non si accontentava di essere il figlio del Capo, il che sarebbe stato sufficiente a procurargli le grazie di molte attrici: voleva essere il pioniere dell’americanizzazione del cinema italiano. Nella sua rivista Cinema egli criticava la tradizione cinematografica europea e asseriva che il pubblico italiano si identificava emotivamente solo con gli archetipi del cinema americano. Vittorio non era un intellettuale e neppure un grande uomo d’affari. Il suo viaggio in America, per gettare un ponte tra le due industrie cinematografiche, si risolse in un fiasco: gaffes politiche, sabotaggio da parte delle stesse autorità italiane(il padre guardava all’impresa con molta diffidenza), ironia da parte della stampa americana. Al Roach gli disse che al postutto era un bravo ragazzo, perché non cambiava nome? Questo modello americano rimase valido sino al 1942, quando gli americani divennero ufficialmente nemici. Ma anche nei casi di più violenta propaganda bellica, il nemico odiato era l’inglese, non l’americano. Ma forse la spia più interessante di questa sensibilità diffusa la troviamo nelle pagine della giovane intellighenzia fascista che scriveva sulle pagine di «Primato». «Primato» uscì tra il 1940 e il 1943, diretta da una delle più contraddittorie figure del regime fascista, Giuseppe Bottai. Tra i giovani collaboratori di Primato troviamo non solo i rappresentanti dell’antifascismo liberale (Montale, Brancati, Paci, Contini, Praz) ma anche il meglio della futura cultura comunista, Vittorini, Alicata, Argan, Banfi, Della Volpe, Guttuso, Luporini, Pavese, Pintor, Pratolini, Zavattini, ecc. Colpisce accorgersi che, nel febbraio ‘41, un brillante giovane intellettuale come Giaime Pintor potesse pubblicare sulla rivista un saggio sulla robotizzazione del soldato tedesco, ricordando che l’Europa non sarebbe mai ridiventata un territorio di libertà sino a che fosse dominata dall’ombra cupa delle bandiere germaniche. Cresciuto sotto il fascismo, sviluppando giorno per giorno,a ritocco per articolo una critica lucida e coraggiosa delle dittature europee, Giaime Pintor scrisse nel 1943, pochi mesi prima di morire nel corso della guerra di resistenza, un saggio che allora non poté pubblicare; «... l’America vincerà questa guerra perché il suo slancio iniziale obbedisce a forze più vere, perché crede facile e giusto quello che si propone. Keep smiling, «conserva il tuo sorriso»: questo «slogan» di pace veniva dall’America con tutto un seguito di musiche edificanti, quando l’Europa era una vetrina vuota e l'austerità di costumi imposta ai paesi totalitari scopriva soltanto il volto disperato e amaro della reazione fascista. L’estrema semplicità dell’ottimismo americano poteva allora indignare quanti erano persuasi del dovere di portare il lutto in segno d’umanità, quanti anteponevano l’orgoglio per i propri morti alla salute dei propri vivi. Ma il grande orgoglio della America per i suoi figli di oggi sarà la consapevolezza che essi hanno corso sulla strada più ripida della storia, che hanno evitato i pericoli e le insidie di uno sviluppo quasi senza soste. L’arricchimento e la corruzione burocratica, i gangsters e le crisi, tutto è diventato natura in un corpo che cresce. E questa è la sola storia dell’America: un popolo che cresce, che copre con il suo continuo entusiasmo gli errori già commessi e riscatta nella buona volontà i pericoli futuri. Le forze più ostili potevano incontrarsi sul suolo americano, le malattie e la miseria; ma la media di questi rischi e paure era sempre una positività, ripeteva ogni volta l’esaltazione dell’uomo. Grava sulla civiltà americana la stupidità di una frase: civiltà materialistica. Civiltà di produttori; questo è l'orgoglio di una razza che non ha sacrificato le proprie forze a velleità ideologiche e non è caduta nel facile trabocchetto dei «valori spirituali»; ma ha fatto della tecnica la propria vita, ha sentito nuovi affetti nascere dalla pratica quotidiana del lavoro collettivo e nuove leggende sorgere dagli orizzonti conquistati. Qualunque cosa pensino i critici romantici, un’esperienza così profondamente rivoluzionaria non è rimasta senza parole; e mentre nell’Europa del dopoguerra si riprendevano i temi di una cultura decadente o si adottavano formule, come quella surrealista, necessariamente sprovviste di futuro, l’America si esprimeva in una nuova narrativa e in un nuovo linguaggio, inventava il cinematografo. Che cosa sia il cinema americano molti sentono, con quell’ambivalenza di simpatia e di fastidio che è stata descritta come uno dei nostri irriducibili complessi di europei, ma nessuno forse ha posto in luce con il necessario vigore. Ora che un'astinenza obbligatoria ci ha garantiti dagli eccessi di pubblicità e dal fastidio dell'abitudine si può forse ricapitolare il significato di quell’episodio educativo e riconoscere nel cinema americano il più grande messaggio che abbia ricevuto la nostra generazione». Con l’immagine di questa America universale nel cuore, Giaime Pintor si univa all’esercito inglese a Napoli e moriva tentando di passare le linee tedesche per organizzare la resistenza partigiana nel Lazio. Da dove veniva questa immagine dell’America? Pintor e Vittorio Mussolini, da due lati opposti della barricata, ci dicono che il mito arrivava via-cinema. Ma anche la narrativa era stata un elemento di diffusione e ispirazione. E alla origine di questa diffusione noi troviamo due scrittori, Elio Vittorini e Cesare Pavese. Ambedue cresciuti in clima fascista, Vittorini tentando l’avventura di «Primato», Pavese già condannato al confino sin dal 1935. Entrambi affascinati dal mito americano. Entrambi sarebbero diventati comunisti. …Nel 1941 Vittorini preparò per Bompiani Americana, una antologia di più di mille pagine, con testi che andavano da Washington Irving a Thorton Wilder e Saroyan, passando per O. Henry e Gertrud Stein - tradotti da giovani letterati che si chiamavano Alberto Moravia, Carlo Linati, Guido Piovene, Eugenio Montale, Cesare Pavese. Dal punto di vista di oggi, la raccolta era abbastanza completa; forse eccessivamente vorace, certamente scompensata; Fitzgerald vi appare sottovalutato, Saroyan sopravvalutato, vi figurano autori come John Fante che per l’avvenire non avrebbero più occupato un posto di tale rilievo nelle cronache letterarie. Ma questa antologia non voleva essere una storia della letteratura americana bensì la costruzione di una allegoria, una sorta di Divina Commedia dove paradiso e inferno coincidevano. Vittorini aveva già scritto nel 1938 («Letteratura», 5) che la letteratura americana era una letteratura mondiale con un unico linguaggio e che l’essere americano coincideva col non esserlo, con l’essere libero da tradizioni locali, aperto alla comune civiltà dell’umanità. In Americana la prima descrizione degli Stati Uniti è alquanto omerica, con l’immagine delle pianure e delle ferrovie, delle montagne nevose e dei paesaggi sterminati da costa a costa. Una innocenza litografica, alla Courrier and Ives, un’epica non nutrita da alcuna evidenza diretta, puro onirismo intertestuale. C’era in quelle pagine la stessa libertà con cui Vittorini aveva tradotto e avrebbe tradotto i propri autori americani, tutti in «vittorinese» dove una creatività partecipante metteva in secondo piano l’esattezza filologica. Ma l’America che Vittorini disegna in quelle pagine è una terra preistorica sommossa da terremoti e derive di continenti, dove invece dei dinosauri e dei mammuths dominano i profili giganteschi di Jonathan Edwards che risveglia Rip van Winckle invitandolo a un epico duello con Edgar Allan Poe che cavalca Moby Dick. Anche i giudizi critici sono metafore, iperboli: «Melville è l’aggettivo di Poe e di Hawthorne sostantivo. Egli ci dice che la purezza è ferocia. La purezza è una tigre… Billy Budd impiccato. Egli è un aggettivo. Ma come la felicità è un aggettivo della vita. O come lo è, della vita, la disperazione». America come chanson de geste. Pound e i negri del blues. «L’America è oggi (per la nuova leggenda che si va formando) una specie di nuovo Oriente favoloso, e l’uomo vi appare di volta in volta sotto il segno di una squisita particolarità, filippino o cinese o slavo o curdo, per essere sostanzialmente sempre lo stesso: “io” lirico, protagonista della creazione».
Il libro era multimediale. Non solo libro di brani letterari e raccordi critici, ma anche una superba antologia fotografica. Immagini prese dai fotografi del New Deal che lavoravano per la Works Progress Administration. Insisto sulla documentazione fotografica perché ho saputo di giovani che all’epoca furono culturalmente e politicamente rigenerati proprio dall’impatto con quelle immagini, di fronte alle quali provarono il sentimento di una realtà diversa, e di una diversa retorica, ovvero di una antiretorica. Ma il Minculpop non poteva accettare Americana. La prima edizione del 1942 fu sequestrata. Si dovette ripubblicarla senza i testi di Vittorini e con una nuova prefazione di Emilio Cecchi, più accademica e prudente, meno entusiastica e più critica, più «letteraria». Ma anche così emasculata,Americana circolò e produsse una nuova cultura.
…Così, la generazione che aveva letto Pavese e Vittorini combatté la guerra partigiana, spesso nelle brigate comuniste, celebrando la rivoluzione d’ottobre e la figura carismatica del Piccolo Padre, e rimanendo al tempo stesso affascinata e ossessionata da una America come speranza, rinnovamento, progresso e rivoluzione.
Vittorini e Pavese erano alla fine della guerra adulti maturi, quasi quarantenni. La seconda generazione del mio affresco invece comprendeva ragazzi nati negli anni Trenta. Molti di essi entrarono all’età adulta, alla fine del conflitto, come marxisti. Il loro marxismo non era quello di Vittorini e Pavese, del tutto identificato con la lotta di liberazione e l’orrore per le dittature fasciste, più un senso di fraternità universale che una ideologia precisa. Per la seconda generazione il marxismo era una esperienza di organizzazione politica e di engagement filosofico. L’ideale di questa generazione era l’Unione Sovietica, la sua estetica il realismo socialista, il suo mito la classe operaia. Politicamente avversi all’America come sistema economico e politico, simpatizzavano con vari aspetti della storia sociale americana, con quella «America vera» che era stata dei pionieri e della prima opposizione anarchica, l’America «socialista» di Jack London e Dos Passos. …Tuttavia quella che ci interessa è una diversa fascia di questa seconda generazione, che poteva vivere all’interno o all’esterno dei due partiti marxisti di quell’epoca, il comunista e il socialista, e la cui definizione risulterebbe così vaga e imprecisa che sono costretto a commettere un arbitrio narrativo. Costruirò un personaggio fittizio che chiamerò Roberto. Tra i membri della classe di cui egli vuol essere il rappresentante, ve ne saranno stati di Roberti al novanta per cento e di Roberti al dieci per cento. Il mio sarà un Roberto al cento per cento. Forse tra i membri del comitato centrale del Pci non c’erano molti Roberti; ma Roberto abitava piuttosto il territorio extrapartitico delle attività culturali, delle case editrici, delle cineteche, dei giornali, dei concerti, e proprio in questo senso è stato culturalmente molto influente. Roberto potrebbe essere nato tra il 1926 e il 1931. Educato in modo fascista, il suo primo atto di ribellione (naturalmente inconscia) è stato la lettura dei fumetti tradotti (male) dall’americano. Flash Gordon contro Ming fu per lui la prima immagine della lotta contro la tirannia. L’Uomo Mascherato era sì un colonialista, ma invece di imporre modelli occidentali ai nativi della giungla di Bengali, cercava di conservare le tradizioni sagge e antiche dei Bandar. Topolino giornalista che si batteva contro i politicanti corrotti per la sopravvivenza del suo giornale, fu per Roberto la prima lezione sulla libertà di stampa. Nel 1942 il governo proibì i palloncini e pochi mesi dopo soppresse i personaggi americani; Topolino fu sostituito da Toffolino, umano e non più animale, per preservare la purezza della razza. Iniziò un collezionismo clandestino dei pezzi di un tempo. Blanda e dolente protesta. Nel 1939 il Ringo di Ombre rosse fu l’idolo della generazione. Ringo non combatteva per una ideologia o per la patria, ma per se stesso e per una puttana. Era antiretorico e perciò antifascista. Antifascisti furono Fred Astaire e Ginger Rogers, perché si opponevano a Luciano Serra pilota, il personaggio del film imperiale e littorio alla cui creazione aveva contribuito anche Vittorio Mussolini. Il modello umano a cui Roberto pensava era una accorta misura di Sam Spade, Ismael, Edward G. Robinson, Chaplin e Mandrake il Mago. Immagino che per un americano, anche in un periodo di nostalgia di massa, non vi sia nulla che unisce Jimmy Durante, il Gary Cooper di Per chi suona la campana, il James Cagney di Ribalta di gloria e la ciurma del Pecquod. Ma per Roberto e i suoi amici vi era un filo rosso che univa tutte queste esperienze: tutti erano persone felici di vivere e spiacenti di morire, e costituivano l’antistrofe retorica al superuomo fascista che celebrava Sorella Morte e andava incontro alla propria distruzione con due bombe e in bocca un fior. Amare il tip-tap significava disprezzare il passo dell’oca, prima, e guardare con ironia le allegorie stakanoviste del realismo socialista, dopo. Roberto e la sua generazione ebbero anche una musica: il jazz. Non solo perché era musica d’avanguardia, che essi non sentirono mai diversa da quella di Strawinsky o di Bartók, ma anche perché era musica degenerata, prodotta dai negri nei bordelli. Roberto fu antirazzista la prima volta per amore di Louis Armstrong. Con questi modelli nella mente Roberto nel 1944, giovanissimo, si unì in qualche modo ai partigiani. Dopo la guerra fu o membro o compagno di strada di un partito di sinistra. Rispettò Stalin, fu contro l’invasione americana in Corea, protestò per la morte dei Rosenberg. Abbandonò il partito con gli eventi ungheresi. Fu fermamente convinto che Truman fosse un fascista e che Li’l Abner di Al Capp fosse un eroe di sinistra, parente dei barboni di Pian della Tortilla. Amò Eisenstein ma fu fermamente convinto che il realismo cinematografico passasse attraverso Piccolo Cesare. Adorò Hammet e si sentì tradito quando la hard-boiled novel passò sotto l’amministrazione del maccartista Spillane. Pensò che il passaggio a nord ovest per un socialismo dal volto umano fosse sulla «road to Zanzibar» con Bing Crosby, Bob Hope e Dorothy Lamour. Riscoprì e divulgò l’epica del New Deal, amò Sacco, Vanzetti e Ben Shan, conobbe prima degli anni Sessanta (quando ridivennero celebri in America) ifolk songs e le ballate di protesta della tradizione anarchica americana, e ascoltò con gli amici, alla sera, Pete Seeger, Woodie Guthrie, Alan Lomax, Tom Jodd e il Kingston Trio. Era stato iniziato al mito di Americana; ma ora il suo livre de chevet era On native grounds di Alfred Kazin. Ecco perché quando la generazione del ’68 lanciò la sua sfida, magari anche contro gli uomini come Roberto, l’America era già un modo di vivere, anche se nessuno di quei ragazzi aveva letto Americana. E non sto parlando di blue jeans o di cheewing gum, cioè dell’America che dominava l’Europa come modello di civiltà dei consumi: sto parlando ancora di quel mito maturato negli anni Quaranta, che in qualche modo funzionava ancora in sottofondo. Certo per quei giovani l’America come Potere era il nemico, il gendarme del mondo, l’avversario da battere in Vietnam come in America Latina. Ma il fronte di quella generazione era ormai quadrilaterale: i nemici erano l’America capitalista, l’Unione Sovietica che aveva tradito Lenin, il partito comunista che aveva tradito la rivoluzione e - ultimo - l’establishment democristiano. Ma se l’America era nemico come governo e come modello di società capitalistica, c’era un atteggiamento di riscoperta e di ricupero nei confronti dell’America come popolo, come melting pot di razze in rivolta. Essi non avevano più presente l’immagine del marxista americano degli anni Trenta, l’uomo delle Brigate Lincoln in Spagna, il «premature anti-fascist» lettore della «Partisan Review». Essi identificavano piuttosto un campo labirintico in cui si intrecciavano le opposizioni tra vecchi e giovani, bianchi e neri, immigrati freschi e gruppi etnici stabilizzati, maggioranze silenziose e minoranze vociferanti. Non ponevano alcuna differenza sostanziale tra Kennedy e Nixon, ma si identificavano col campus di Berkeley, con Angela Davis, con Joan Baez e Bob Dylan prima maniera.
È difficile definire la natura del loro mito americano: in qualche modo essi usavano e riciclavano pezzi di realtà americana, i portoricani, la cultura underground, lo zen, non più i comics ma i comix, e quindi non Mio Mao (Felix the Cat) ma Fritz the Kat, non Walt Disney ma Crumbs. Amavano Charlie Brown, Humphrey Bogart, John Cage. Non sto tracciando il profilo di alcun movimento politico preciso tra ’68 e ’77. Forse disegno una foto ai raggi X, scoprendo qualcosa che continuava a vivere sotto la superficie maoista, leninista o guevarista. E so di fotografare qualcosa che c’era, perché questo qualcosa è esploso nel e dopo il 1977. La rivolta studentesca di quegli anni assomigliava più a una ribellione di ghetto negro che alla presa del Palazzo d’Inverno. E persino sospetto che il modello segreto delle Brigate rosse, ovviamente inconscio, sia la Famiglia Manson.
Non posso certo parlare della generazione presente con lo stesso olimpico distacco con cui ho parlato di quella degli anni Trenta. Sto cercando solo di isolare, nella confusione del presente, il modello di una immagine-mito americana. Inventata come le precedenti, prodotto di creolizzazione.
Non è più un sogno, perché può essere raggiunto a poco prezzo via Icelandic Airwais. Il nuovo Roberto è forse stato membro di un gruppo marxista-leninista nel 1968, ha lanciato qualche bomba Molotov contro un consolato americano nel 1970, alcuni cubetti di porfido contro la polizia nel 1970, e contro la vetrina di una libreria comunista nel 1977. Nel 1978, evitata la tentazione di unirsi a un gruppo terrorista, ha raccolto qualche soldo ed è volato in California, diventando magari rivoluzionario ecologo o ecologo rivoluzionario. L’America è divenuta per lui non l’immagine di un rinnovamento futuro ma il luogo dove leccarsi le ferite e consolarsi di un sogno distrutto (o dato per morto troppo in anticipo). L'America non è più una ideologia alternativa, è la fine dell’ideologia. Egli ha ottenuto con facilità il visto, perché di fatto non è mai stato iscritto a uno dei partiti della sinistra storica. Se fossero ancora vivi Pavese e Vittorini non avrebbero potuto ottenerlo, perché essi, i padri del nostro sogno americano, avrebbero dovuto rispondere «sì» sul formulario consolare che chiede se si sia mai stati iscritti a partiti che intendano sovvertire la società americana. La burocrazia americana non è un sogno. Al massimo un incubo. C’è una morale in questa mia storia? Nessuna, e molte. pere capire l’atteggiamento italiano verso l’America, e in particolare l’atteggiamento degli italiani antiamericani, dovete ricordarvi anche di Americana e di quanto accadde in quegli anni. Quando gli italiani di sinistra sognavano del compagno Sam e puntando il dito verso la sua immagine dicevano: I Want you.


Par rene - Publié dans : Italie
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Samedi 19 avril 2014 6 19 /04 /Avr /2014 04:46

La-grande-guerra

 

 

Je viens de revoir (ma précédente vision datait des années 1960 !) le magnifique film de Mario Monicelli, La grande guerra, ("La grande guerre") qui obtint le Lion d’or à Venise, à sa sortie en 1959

C’était sur OCS géants (VO sous-titrée possible). Vous pouvez encore le voir jusqu’au vendredi 25 avril. Précipitez-vous y (ou alors à vos DVD). Ça vaut tous les discours sur cette immonde guerre civile européenne dont on célèbrera bientôt le centenaire du déclenchement.

L'action se passe en 1917,  à l’arrière et sur le front italien, face aux Autrichiens.

À travers l’itinéraire tragi-comique de deux soldats malgré eux, et dans la coexistence avec leurs compagnons, hommes du peuple jetés dans cette fournaise dénuée de sens, la réalité quotidienne de la guerre, dans sa connerie, sa violence, son horreur...

En filigrane, comment ne pas penser aux conséquences italiennes immédiates de cette guerre, d'un côté la désespérance des révoltes populaires pacifistes de 1917, de l'autre la frustration des troupes de choc, les arditi, qui donneront bientôt naissance au fascisme...

Quel grand cinéma que ce cinéma italien d'antan !

 

Cf. une des plus belles chansons antimilitaristes italiennes de la guerre de 194-1918 :

[ Oh Gorizia... ]


Par rene - Publié dans : Italie
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Mercredi 5 mars 2014 3 05 /03 /Mars /2014 05:07

6 mai 38

Mussolini, Hitler, le Roi, en cette journée romaine particulière du 8 mai 1938

 

 

Fasciste ? À prendre stricto sensu le mot "fasciste", c'est évidemment du côté de l'Italie (qui l'a vu naître) qu'il fallait se retourner.

Mariátegui – Mussolini ] [ Hemingway et Mussolini ] [ 1919 - Conviction ou art du Camouflage ??? ]

C'est ce que les trois billets précédents ont tenté, en évoquant cette mutation étrange de Mussolini, (au sein d'une partie de l'extrême gauche socialiste révolutionnaire, virant comme lui au nationalisme et au bellicisme), et en pointant ce fascisme ascendant (qui sut démagogiquement conquérir une partie des "masses" italiennes entre 1919 et 1922, dans l'affrontement physique et idéologique avec une autre Italie).

Mais, de 1922 à 1943-1945, ce fut le "vrai" fascisme, le fascisme installé, "descendant", totalitaire, dominant, infiltrant la société par tous ses pores, et se targuant de façonner les humains. Fascisme d'ailleurs parfaitement toléré, voire encensé et magnifié par la presse française bien pensante de l'entre deux guerres.

Sans autres développements, un de nos jeunes contemporains, parfaitement ignorant de ce que fut ce fascisme, pourrait facilement le comprendre, en visionnant le magnifique film de Scola, Une journée particulière, que j'évoquais dans un billet d'octobre 2013 :  [ Scola ].

Dans le huis-clos des deux appartements, et dans la présentation de l'immeuble mussolinien vidé de ses habitants par la cérémonie d'accueil de Hitler à Rome, tout est dit sur ce qu'a pu être le fascisme pour la population italienne : l'endoctrinement des enfants et des jeunes, le culte de la force passant par celui de l'uniforme et la célébration de la guerre, la délation permanente (la concierge), le rapport érotique au Duce (l'album d'Antonieta, la révélation de sa grossesse le jour où elle rencontre le regard du duce), la façon dont le régime transcende les minables en "durs" (le mari), et veut figer l'éternel chaos italien dans un système qui singe les postures du nazisme (l'affiche espagnole a bien raison de faire figurer la svatiska, absente des affiches italiennes et françaises du film), j'en passe et des meilleures.

Tout ceci avancé par Scola sans didactisme pesant : la musique et les commentaires de la radio fasciste, - fond sonore de la rencontre d'Antonieta  de Gabriele -, suffisent amplement. 

De cette prise en main qui dura vingt ans et plus, de cette overdose conformiste et nationaliste, avec, à la clé, l'aventure africaine, l'engagement armé contre l'Espagne républicaine, contre les Alliés et contre l'U.R.S.S, comment le peuple italien, consciemment ou pas, ne porterait-il pas les séquelles, aujourd'hui encore  ?

Oui, mais qui dit "fascisme" ne dit-il pas aussi "antifascisme" ? Certes. Et nombre d'Italiens courageux en témoignèrent au prix de leur liberté et de leurs vies.

Pour autant, magnifier l'antifascisme politique n'est pas directement le propos du film.

Pierre Desproges a pu écrire à ce sujet : "Dans Une Journée particulière, d'Ettore Scola, Mastroianni, poursuivi jusque dans sa garçonnière par les gros bras mussoliniens, s'écrie judicieusement à l'adresse du spadassin qui l'accuse d'antifascisme : "Vous vous méprenez, monsieur, ce n'est pas le locataire du sixième qui est antifasciste, c'est le fascisme qui est antilocataire du sixième".

Aujourd'hui, ou le mot "fasciste" est un peu mis à toutes les sauces, ce rappel du propos de Gabriele (Maastroianni) pointe la racine du mal : le fascisme, en imposant ses codes de comportement et sa vision du monde, est la matrice et l'exaspération de tous les totalitarismes, hards ou softs, religieux ou politiques, dictatoriaux ou consuméristes, qui prétendent "guérir" l'individu de sa spécificité d'épanouissement personnel et de faculté raisonnante, en le coulant dans le moule unique. 

 

 

 

 

journée

Par rene - Publié dans : Italie
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Lundi 3 mars 2014 1 03 /03 /Mars /2014 05:12

camouflage

Le Roi du camouflage : l'hippocampe feuillu.

 

 

Au lendemain de la première guerre mondiale, un programme politique demandait la généralisation du suffrage universel, le droit de vote pour les femmes, la représentation proportionnelle, et la suppression du Sénat.

Il exigeait la journée légale de travail de huit heures, l’instauration d’un salaire minimum, la retraite à 55 ans pour tous les travailleurs, la participation de représentants des travailleurs au fonctionnement technique des entreprises.

Il demandait la suppression de l’armée permanente et son remplacement par une milice nationale rendue opérante par de courtes et régulières périodes d’instruction.

Le programme tapait dur en demandant un impôt extraordinaire sur le Capital aboutissant à l’expropriation partielle des richesses au profit de la collectivité.

Il promettait également la confiscation des biens des communautés religieuses et des revenus épiscopaux…

J’en connais beaucoup qui aujourd'hui, à la gauche de la gauche, applaudiraient des deux mains…

Mais, question pour un champion, de qui émanait ce programme ?

Tout simplement des Faisceaux italiens de combat, qui regroupèrent initialement à Milan, avec Mussolini, une poignée de militants que la cause de l'intervention guerrière en 1915 avait rassemblés : anarchosyndicalistes et socialistes soréliens dévoyés (Sorel n'y était évidemment pour rien), mêlés aux anciens des troupes de choc de l'armée (Arditi), à des intellectuels futuristes et à des nationalistes de la droite ultra... 

Conviction ou camouflage ? Les deux sans doute. Belle manœuvre confusionniste en tout cas !


milano-23-marzo-1919piazzaxsan sepolcro mussolini fonda fas

23 mars 1919, place San Sepolcro à Milan, Mussolini fonde les Faisceaux italiens de combat (Fasci italiani du combattimento).

 

 

Mussolini publia ce manifeste le 6 juin 1919 dans son journal Il popolo d'Italia, avant de lancer ses troupes de choc contre le mouvement révolutionnaire ouvrier et paysan. Les italianophones peuvent le lire sur : 

http://it.wikisource.org/wiki/Manifesto_dei_Fasci_italiani_di_combattimento,_pubblicato_su_%22Il_Popolo_d'Italia%22_del_6_giugno_1919

Inutile de dire que ce programme ne fut pas appliqué après la prise de pouvoir de Mussolini en 1922, et que le Duce ne parut s'en souvenir, un peu tard, qu'au temps de la République sociale italienne, dite République de Salo, en 1943-1945.

Et c'est l'Italie de la Libération et des Partisans, qui donna le droit de vote aux femmes en 1946...

 

Par rene - Publié dans : Italie
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Dimanche 2 mars 2014 7 02 /03 /Mars /2014 09:57

Suite au billet [ Mariátegui – Mussolini ], J.Cl.Romettino avait laissé le commentaire suivant :

 "et je me souviens d'une description parente et très semblable : celle d'Hemingway qui ajoutait une dimension journalistique, en caractérisant M comme assoiffé de scoops comme on dit aujourd'hui. Il terminait en disant que, même sous la menace d'un peloton d'exécution fasciste il continuerait de dire que M était une baudruche. Connais-tu ce texte que je ne retrouve plus ? Bien à toi"

Hemingway 1923 passport photo

Hemingway 1923. Le jeune Hemingway [1899] est alors journaliste en Italie après la guerre où il avait servi, et avait été gravement blessé, dans l'armée italienne.

 

Je traduis donc littéralement ce texte d'Hemingway donné dans The Toronto Daily Star (27 janvier 1923), dont il était correspondant : 

 

 

"Mussolini est le plus grand "bluff" d’Europe.

Même si demain matin l’on me faisait arrêter et fusiller, je continuerais à le considérer  mussolini comme un "bluff". Essayez de prendre une bonne photo de Monsieur Mussolini et de l’examiner. Vous verrez dans sa bouche cette faiblesse qui le contraint à se renfrogner dans le fameux froncement de sourcils imité en Italie par tout fasciste de dix huit ans. Etudiez son passé. Etudiez cette coalition entre capital et travail qu’est le fascisme et méditez sur l’histoire des coalitions passées. Etudiez son génie à habiller de petites idées avec de grands mots. Etudiez sa prédilection pour le duel. Les hommes vraiment courageux n’ont pas besoin de se battre en duel, alors que tant de poltrons duellent constamment pour se faire croire courageux. Et regardez sa chemise noire et ses guêtres blanches. Il y a quelque chose qui ne va pas, même sur le plan histrionique, dans un homme qui porte des guêtres blanches avec une chemise noire.

Je n’ai pas ici la place pour affronter le problème Mussolini, "bluff" ou grande force durable. Peut-être durera-t-il quinze ans comme peut-être sera-t-il renversé au printemps prochain par Gabriele d’Annunzio qui le hait [1863-1938. L'écrivain et aviateur, nationaliste, fut un inspirateur du fascisme mais garda toute sa distance avec Mussolini]. Mais permettez moi de vous offrir deux petits portraits authentiques de Mussolini à Lausanne.

Le dictateur fasciste [Mussolini avait accédé au pouvoir le 30 octobre 1922, au lendemain de la Marche sur Rome] avait annoncé une conférence de presse. Tous vinrent. Et tous nous nous entassâmes dans une pièce. Mussolini était assis au bureau, lisant un livre. Son visage était contracté par le renfrognement fameux. Il jouait le rôle du dictateur. Etant un ancien journaliste, il savait très bien combien de lecteurs seraient touchés par les comptes rendus que les hommes présents dans cette salle écriraient après l’interview qu’il s’apprêtait à donner. Et il restait plongé dans son livre. Mentalement il lisait déjà les pages des deux mille journaux informés par ces deux cents invités. « Quand nous entrâmes dans la pièce, le dictateur en chemise noire ne leva pas les yeux du livre qu’il était en train de lire, tellement sa concentration était intense… », etc. etc. etc.

Pour savoir quel était le livre qu’il lisait avec cet intérêt avide, j’allai droit à ses pieds. C’était un dictionnaire français-anglais, qu’il tenait à l’envers.

L’autre image de Mussolini comme dictateur, je le vis le même jour quand un groupe d’Italiennes qui vivent à Lausanne vinrent à son appartement de l’Hôtel Beau Rivage pour lui offrir un bouquet de fleurs. C’était six femmes de souche paysanne, épouses d’ouvriers résidant à Lausanne, et elles attendaient devant la porte pour rendre hommage au nouveau héros national italien qui était aussi leur héros. Mussolini arriva en redingote, pantalons gris et guêtres blanches. Une des femmes s’avança et commença son discours. Mussolini la regarda de travers, ricana, posa ses gros yeux d’africain sur les cinq autres femmes et retourna dans sa chambre. Ces peu attirantes paysannes endimanchées restèrent là les roses à la main. Mussolini avait joué le rôle du dictateur.

Une demi-heure après, il recevait Clare Sheridan, qui à force de sourires a réussi à obtenir beaucoup d’interviews ; et il trouva le temps de converser avec elle pendant une demi-heure. [La célèbre journaliste anglaise (1885) avait obtenu du Duce deux entretiens, où il exprima notamment son mépris pour les masses populaires, qui doivent être guidées... naturellement par un Duce]

Naturellement les envoyés spéciaux de l’époque napoléonienne ont pu noter les mêmes choses chez Napoléon, et les hommes qui travaillaient au "Giornale d’Italia" du temps de César auraient pu découvrir chez Jules les mêmes contradictions, mais après une étude attentive de ce sujet, il me semble que chez Mussolini il y a moins de Napoléon que de Bottomley, un énorme Horace Bottomley italien, belliqueux, duelliste et réussi. [Bottomley (1860-1933) était un financier, magnat de la presse, nationaliste (il avait notamment lancé son journal "John Bull", populiste, démagogue, anti-travailliste]

Mais la comparaison n’est pas tout à fait exacte. Bottomley était stupide. Mussolini n’est pas stupide et c'est un grand organisateur. Mais il est plus dangereux d’organiser le patriotisme d’une nation quand on n’est pas sincère, spécialement si l'on porte ce patriotisme au niveau d'offrir au gouvernement des prêts sans intérêt. Quand un latin a investi son argent dans une affaire, il veut des résultats, et démontrera à Monsieur Mussolini qu’il est beaucoup plus facile d’être dans l’opposition que d’être le Chef du gouvernement. Une nouvelle opposition surgira, ou plutôt est déjà en train de se former, et elle sera guidée par ce fanfaron vieux et chauve, peut-être un peu fou, mais profondément sincère et divinement courageux, qui est Gabriele d’Annunzio. [Hemingway fait allusion aux exploits de l'aviateur pendant la guerre, et ensuite à l'épisode de Fiume (1919-1920) qu'il occupa manu militari à la tête de son commando de nationalistes, afin de l'offrir à l'Italie]

Par rene - Publié dans : Italie
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  • : René Merle, agrégé d'histoire, docteur ès lettres, chroniqueur et romancier - Ce blog a présenté initialement le fruit d'un travail personnel de recherche et de documentation sur la culture d'Oc, l'écriture du francoprovençal, l'histoire du mouvement républicain et du mouvement ouvrier. On y trouvera désormais des réflexions concernant l'actualité sociale et politique. Il propose également un reflet d'une écriture personnelle de fiction (romans, nouvelles, poésie).
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