Italie

Samedi 19 avril 2014 6 19 /04 /Avr /2014 04:46

La-grande-guerra

 

 

Je viens de revoir (ma précédente vision datait des années 1960 !) le magnifique film de Mario Monicelli, La grande guerra, ("La grande guerre") qui obtint le Lion d’or à Venise, à sa sortie en 1959

C’était sur OCS géants (VO sous-titrée possible). Vous pouvez encore le voir jusqu’au vendredi 25 avril. Précipitez-vous y (ou alors à vos DVD). Ça vaut tous les discours sur cette immonde guerre civile européenne dont on célèbrera bientôt le centenaire du déclenchement.

L'action se passe en 1917,  à l’arrière et sur le front italien, face aux Autrichiens.

À travers l’itinéraire tragi-comique de deux soldats malgré eux, et dans la coexistence avec leurs compagnons, hommes du peuple jetés dans cette fournaise dénuée de sens, la réalité quotidienne de la guerre, dans sa connerie, sa violence, son horreur...

En filigrane, comment ne pas penser aux conséquences italiennes immédiates de cette guerre, d'un côté la désespérance des révoltes populaires pacifistes de 1917, de l'autre la frustration des troupes de choc, les arditi, qui donneront bientôt naissance au fascisme...

Quel grand cinéma que ce cinéma italien d'antan !

 

Cf. une des plus belles chansons antimilitaristes italiennes de la guerre de 194-1918 :

[ Oh Gorizia... ]


Par rene - Publié dans : Italie
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Mercredi 5 mars 2014 3 05 /03 /Mars /2014 05:07

6 mai 38

Mussolini, Hitler, le Roi, en cette journée romaine particulière du 8 mai 1938

 

 

Fasciste ? À prendre stricto sensu le mot "fasciste", c'est évidemment du côté de l'Italie (qui l'a vu naître) qu'il fallait se retourner.

Mariátegui – Mussolini ] [ Hemingway et Mussolini ] [ 1919 - Conviction ou art du Camouflage ??? ]

C'est ce que les trois billets précédents ont tenté, en évoquant cette mutation étrange de Mussolini, (au sein d'une partie de l'extrême gauche socialiste révolutionnaire, virant comme lui au nationalisme et au bellicisme), et en pointant ce fascisme ascendant (qui sut démagogiquement conquérir une partie des "masses" italiennes entre 1919 et 1922, dans l'affrontement physique et idéologique avec une autre Italie).

Mais, de 1922 à 1943-1945, ce fut le "vrai" fascisme, le fascisme installé, "descendant", totalitaire, dominant, infiltrant la société par tous ses pores, et se targuant de façonner les humains. Fascisme d'ailleurs parfaitement toléré, voire encensé et magnifié par la presse française bien pensante de l'entre deux guerres.

Sans autres développements, un de nos jeunes contemporains, parfaitement ignorant de ce que fut ce fascisme, pourrait facilement le comprendre, en visionnant le magnifique film de Scola, Une journée particulière, que j'évoquais dans un billet d'octobre 2013 :  [ Scola ].

Dans le huis-clos des deux appartements, et dans la présentation de l'immeuble mussolinien vidé de ses habitants par la cérémonie d'accueil de Hitler à Rome, tout est dit sur ce qu'a pu être le fascisme pour la population italienne : l'endoctrinement des enfants et des jeunes, le culte de la force passant par celui de l'uniforme et la célébration de la guerre, la délation permanente (la concierge), le rapport érotique au Duce (l'album d'Antonieta, la révélation de sa grossesse le jour où elle rencontre le regard du duce), la façon dont le régime transcende les minables en "durs" (le mari), et veut figer l'éternel chaos italien dans un système qui singe les postures du nazisme (l'affiche espagnole a bien raison de faire figurer la svatiska, absente des affiches italiennes et françaises du film), j'en passe et des meilleures.

Tout ceci avancé par Scola sans didactisme pesant : la musique et les commentaires de la radio fasciste, - fond sonore de la rencontre d'Antonieta  de Gabriele -, suffisent amplement. 

De cette prise en main qui dura vingt ans et plus, de cette overdose conformiste et nationaliste, avec, à la clé, l'aventure africaine, l'engagement armé contre l'Espagne républicaine, contre les Alliés et contre l'U.R.S.S, comment le peuple italien, consciemment ou pas, ne porterait-il pas les séquelles, aujourd'hui encore  ?

Oui, mais qui dit "fascisme" ne dit-il pas aussi "antifascisme" ? Certes. Et nombre d'Italiens courageux en témoignèrent au prix de leur liberté et de leurs vies.

Pour autant, magnifier l'antifascisme politique n'est pas directement le propos du film.

Pierre Desproges a pu écrire à ce sujet : "Dans Une Journée particulière, d'Ettore Scola, Mastroianni, poursuivi jusque dans sa garçonnière par les gros bras mussoliniens, s'écrie judicieusement à l'adresse du spadassin qui l'accuse d'antifascisme : "Vous vous méprenez, monsieur, ce n'est pas le locataire du sixième qui est antifasciste, c'est le fascisme qui est antilocataire du sixième".

Aujourd'hui, ou le mot "fasciste" est un peu mis à toutes les sauces, ce rappel du propos de Gabriele (Maastroianni) pointe la racine du mal : le fascisme, en imposant ses codes de comportement et sa vision du monde, est la matrice et l'exaspération de tous les totalitarismes, hards ou softs, religieux ou politiques, dictatoriaux ou consuméristes, qui prétendent "guérir" l'individu de sa spécificité d'épanouissement personnel et de faculté raisonnante, en le coulant dans le moule unique. 

 

 

 

 

journée

Par rene - Publié dans : Italie
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Lundi 3 mars 2014 1 03 /03 /Mars /2014 05:12

camouflage

Le Roi du camouflage : l'hippocampe feuillu.

 

 

Au lendemain de la première guerre mondiale, un programme politique demandait la généralisation du suffrage universel, le droit de vote pour les femmes, la représentation proportionnelle, et la suppression du Sénat.

Il exigeait la journée légale de travail de huit heures, l’instauration d’un salaire minimum, la retraite à 55 ans pour tous les travailleurs, la participation de représentants des travailleurs au fonctionnement technique des entreprises.

Il demandait la suppression de l’armée permanente et son remplacement par une milice nationale rendue opérante par de courtes et régulières périodes d’instruction.

Le programme tapait dur en demandant un impôt extraordinaire sur le Capital aboutissant à l’expropriation partielle des richesses au profit de la collectivité.

Il promettait également la confiscation des biens des communautés religieuses et des revenus épiscopaux…

J’en connais beaucoup qui aujourd'hui, à la gauche de la gauche, applaudiraient des deux mains…

Mais, question pour un champion, de qui émanait ce programme ?

Tout simplement des Faisceaux italiens de combat, qui regroupèrent initialement à Milan, avec Mussolini, une poignée de militants que la cause de l'intervention guerrière en 1915 avait rassemblés : anarchosyndicalistes et socialistes soréliens dévoyés (Sorel n'y était évidemment pour rien), mêlés aux anciens des troupes de choc de l'armée (Arditi), à des intellectuels futuristes et à des nationalistes de la droite ultra... 

Conviction ou camouflage ? Les deux sans doute. Belle manœuvre confusionniste en tout cas !


milano-23-marzo-1919piazzaxsan sepolcro mussolini fonda fas

23 mars 1919, place San Sepolcro à Milan, Mussolini fonde les Faisceaux italiens de combat (Fasci italiani du combattimento).

 

 

Mussolini publia ce manifeste le 6 juin 1919 dans son journal Il popolo d'Italia, avant de lancer ses troupes de choc contre le mouvement révolutionnaire ouvrier et paysan. Les italianophones peuvent le lire sur : 

http://it.wikisource.org/wiki/Manifesto_dei_Fasci_italiani_di_combattimento,_pubblicato_su_%22Il_Popolo_d'Italia%22_del_6_giugno_1919

Inutile de dire que ce programme ne fut pas appliqué après la prise de pouvoir de Mussolini en 1922, et que le Duce ne parut s'en souvenir, un peu tard, qu'au temps de la République sociale italienne, dite République de Salo, en 1943-1945.

Et c'est l'Italie de la Libération et des Partisans, qui donna le droit de vote aux femmes en 1946...

 

Par rene - Publié dans : Italie
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Dimanche 2 mars 2014 7 02 /03 /Mars /2014 09:57

Suite au billet [ Mariátegui – Mussolini ], J.Cl.Romettino avait laissé le commentaire suivant :

 "et je me souviens d'une description parente et très semblable : celle d'Hemingway qui ajoutait une dimension journalistique, en caractérisant M comme assoiffé de scoops comme on dit aujourd'hui. Il terminait en disant que, même sous la menace d'un peloton d'exécution fasciste il continuerait de dire que M était une baudruche. Connais-tu ce texte que je ne retrouve plus ? Bien à toi"

Hemingway 1923 passport photo

Hemingway 1923. Le jeune Hemingway [1899] est alors journaliste en Italie après la guerre où il avait servi, et avait été gravement blessé, dans l'armée italienne.

 

Je traduis donc littéralement ce texte d'Hemingway donné dans The Toronto Daily Star (27 janvier 1923), dont il était correspondant : 

 

 

"Mussolini est le plus grand "bluff" d’Europe.

Même si demain matin l’on me faisait arrêter et fusiller, je continuerais à le considérer  mussolini comme un "bluff". Essayez de prendre une bonne photo de Monsieur Mussolini et de l’examiner. Vous verrez dans sa bouche cette faiblesse qui le contraint à se renfrogner dans le fameux froncement de sourcils imité en Italie par tout fasciste de dix huit ans. Etudiez son passé. Etudiez cette coalition entre capital et travail qu’est le fascisme et méditez sur l’histoire des coalitions passées. Etudiez son génie à habiller de petites idées avec de grands mots. Etudiez sa prédilection pour le duel. Les hommes vraiment courageux n’ont pas besoin de se battre en duel, alors que tant de poltrons duellent constamment pour se faire croire courageux. Et regardez sa chemise noire et ses guêtres blanches. Il y a quelque chose qui ne va pas, même sur le plan histrionique, dans un homme qui porte des guêtres blanches avec une chemise noire.

Je n’ai pas ici la place pour affronter le problème Mussolini, "bluff" ou grande force durable. Peut-être durera-t-il quinze ans comme peut-être sera-t-il renversé au printemps prochain par Gabriele d’Annunzio qui le hait [1863-1938. L'écrivain et aviateur, nationaliste, fut un inspirateur du fascisme mais garda toute sa distance avec Mussolini]. Mais permettez moi de vous offrir deux petits portraits authentiques de Mussolini à Lausanne.

Le dictateur fasciste [Mussolini avait accédé au pouvoir le 30 octobre 1922, au lendemain de la Marche sur Rome] avait annoncé une conférence de presse. Tous vinrent. Et tous nous nous entassâmes dans une pièce. Mussolini était assis au bureau, lisant un livre. Son visage était contracté par le renfrognement fameux. Il jouait le rôle du dictateur. Etant un ancien journaliste, il savait très bien combien de lecteurs seraient touchés par les comptes rendus que les hommes présents dans cette salle écriraient après l’interview qu’il s’apprêtait à donner. Et il restait plongé dans son livre. Mentalement il lisait déjà les pages des deux mille journaux informés par ces deux cents invités. « Quand nous entrâmes dans la pièce, le dictateur en chemise noire ne leva pas les yeux du livre qu’il était en train de lire, tellement sa concentration était intense… », etc. etc. etc.

Pour savoir quel était le livre qu’il lisait avec cet intérêt avide, j’allai droit à ses pieds. C’était un dictionnaire français-anglais, qu’il tenait à l’envers.

L’autre image de Mussolini comme dictateur, je le vis le même jour quand un groupe d’Italiennes qui vivent à Lausanne vinrent à son appartement de l’Hôtel Beau Rivage pour lui offrir un bouquet de fleurs. C’était six femmes de souche paysanne, épouses d’ouvriers résidant à Lausanne, et elles attendaient devant la porte pour rendre hommage au nouveau héros national italien qui était aussi leur héros. Mussolini arriva en redingote, pantalons gris et guêtres blanches. Une des femmes s’avança et commença son discours. Mussolini la regarda de travers, ricana, posa ses gros yeux d’africain sur les cinq autres femmes et retourna dans sa chambre. Ces peu attirantes paysannes endimanchées restèrent là les roses à la main. Mussolini avait joué le rôle du dictateur.

Une demi-heure après, il recevait Clare Sheridan, qui à force de sourires a réussi à obtenir beaucoup d’interviews ; et il trouva le temps de converser avec elle pendant une demi-heure. [La célèbre journaliste anglaise (1885) avait obtenu du Duce deux entretiens, où il exprima notamment son mépris pour les masses populaires, qui doivent être guidées... naturellement par un Duce]

Naturellement les envoyés spéciaux de l’époque napoléonienne ont pu noter les mêmes choses chez Napoléon, et les hommes qui travaillaient au "Giornale d’Italia" du temps de César auraient pu découvrir chez Jules les mêmes contradictions, mais après une étude attentive de ce sujet, il me semble que chez Mussolini il y a moins de Napoléon que de Bottomley, un énorme Horace Bottomley italien, belliqueux, duelliste et réussi. [Bottomley (1860-1933) était un financier, magnat de la presse, nationaliste (il avait notamment lancé son journal "John Bull", populiste, démagogue, anti-travailliste]

Mais la comparaison n’est pas tout à fait exacte. Bottomley était stupide. Mussolini n’est pas stupide et c'est un grand organisateur. Mais il est plus dangereux d’organiser le patriotisme d’une nation quand on n’est pas sincère, spécialement si l'on porte ce patriotisme au niveau d'offrir au gouvernement des prêts sans intérêt. Quand un latin a investi son argent dans une affaire, il veut des résultats, et démontrera à Monsieur Mussolini qu’il est beaucoup plus facile d’être dans l’opposition que d’être le Chef du gouvernement. Une nouvelle opposition surgira, ou plutôt est déjà en train de se former, et elle sera guidée par ce fanfaron vieux et chauve, peut-être un peu fou, mais profondément sincère et divinement courageux, qui est Gabriele d’Annunzio. [Hemingway fait allusion aux exploits de l'aviateur pendant la guerre, et ensuite à l'épisode de Fiume (1919-1920) qu'il occupa manu militari à la tête de son commando de nationalistes, afin de l'offrir à l'Italie]

Par rene - Publié dans : Italie
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Vendredi 21 février 2014 5 21 /02 /Fév /2014 16:43

 

Sur Mariátegui, cf. :

[ Le décès de Mariátegui et "l'Humanité" ] – [ Mariátegui et Jaurès ]


 

musssolini

photo de police du jeune Mussolini, alors socialiste à tendances anarchisantes et révolutionnaires

 

Par une singulière convergence, je viens de lire sur des blogs amis (P.Assante, J.P.Damaggio, L.Douillard, J.Desmarais…) des articles consacrés aux définitions du fascisme, dans leur extension historique et actuelle, minimale et maximale.

Je veux seulement dans ce billet focaliser sur l’accoucheur historique du fascisme, Mussolini, car comment traiter du fascisme stricto sensu, c’est-à-dire du fascisme italien, sans évoquer celui qui, dans une conversion politique stupéfiante, le dota d’une doctrine et d’une victorieuse force d’action.

Accoucheur certes, car si le mot "fasci" (faisceaux) avait déjà pris place dans les luttes ouvrières et paysannes progressistes italiennes (« fasci operai » des années 1870 dans le Centre et le Nord, « fasci dei lavoratori » en Sicile dans les années 1890, c’est bien Mussolini, l’ex-révolutionnaire, qui  baptisa ainsi le bras armé de la contre-révolution et s’identifia à sa lutte jusqu’à faire du culte de sa personne la garantie de la victoire…

Il a été beaucoup écrit sur Mussolini. À cet égard, une des meilleures approches que je connaisse, peut-être la meilleure, est celle, bien connue, que la grand marxiste et militant péruvien José Carlos Mariátegui [1894-1930] donna dans La escena contemporánea, (Editorial Minerva, Lima, 1925) avec la série d’articles« Biologia del Fascismo ».

Les hispanophones peuvent en lire la totalité dans :

https://www.marxists.org/espanol/mariateg/1925/escena/index.htm

 

Mariátegui a vécu en Italie de 1920 à 1922 : il a été témoin des luttes ouvrières révolutionnaires de Turin, en 1920 ; il a participé en janvier 1921 au Congrès de Livourne qui vit la naissance du Parti communiste d’Italie ; il a suivi de près pendant ces deux années la montée du fascisme jusqu’à sa victoire en 1922.  C’est dire la valeur de son témoignage et de sa réflexion.

Le premier article, « Mussolini y el fascismo », commence par cette affirmation fondamentale : « Fascismo y Mussolini son dos palabras consustanciales y solidarias ». Après avoir présenté le cheminement idéologique et politique du jeune socialiste révolutionnaire, Mariátegui termine ainsi :

« Mussolini ha pasado del socialismo al fascismo, de la revolución a la reacción, por una via sentimental, no por una vía conceptual. Todas las apostasías históricas han sido, probablement, un fenómeno espiritual. Mussolini, extremista de la revolución ayer, extremista de la reacción hoy, nos recuerdo a Juliano. Como este Emperador, personaje de Ibsen y de Mjerowskovsky, Mussolini es un ser inquieto, teatral, alucinado, supersticioso y misterioso que se ha sentido elegido por el Destino para decretar la persecución del dios nuevo y reponer en su retablo los moribundos dioses antiguos. »

Je traduis littéralement :

« Mussolini est passé du socialisme au fascisme, de la révolution à la réaction, par voie sentimentale, non par voie conceptuelle. Toutes les apostasies historiques ont été, probablement, un phénomène spirituel. Mussolini, hier extrémiste de la révolution, aujourd’hui extrémiste de la réaction, nous rappelle Julien [Julien "l'apostat", l'empereur (361-363) qui abandonna le christianisme, impérial depuis 312-313, et tenta de rétablir officiellement le polythéisme]. Comme cet empereur, personnage de Ibsen et de Mjerowskovsky, Mussolini est un être inquiet, théâtral, halluciné, superstitieux et mystérieux qui s’est senti élu par le Destin pour décréter la persécution du dieu nouveau et rétablir dans leur rétable les anciens dieux moribonds. »

 

À la différence des marxistes réducteurs, qui réduisent l’histoire à ses seules causes socio-économiques, Mariátegui, en disciple averti de Marx, sait que si les hommes font l’histoire dans des conditions déterminées, ce sont bien les hommes qui font l’histoire, et, pour les « grands hommes », qui la font avec leur personnalité, leur virtù d’analyse et de décision. Ainsi de Mussolini sans lequel l'Italie n'aurait pas été ce qu'elle est devenue.

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Il Duce

Par rene - Publié dans : Italie
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Mercredi 5 février 2014 3 05 /02 /Fév /2014 03:03

boucheron Patrick Boucheron, Conjurer la peur. Sienne, 1338. Essai sur la force politique des images, Seuil, 2013. 

Je dois à une lectrice de ce blog, Mme Annie Dufrene, la découverte de cet ouvrage passionnant.

 

Trois murs sur quatre sont peints, en trois thèmes séparés. Les allégories du Bon gouvernement ; les bienfaits qui en attestent dans la vie normale ; les ravages de la guerre, rançon ordinaire des conflits opposant les microcosmes communaux...  

En nous livrant un long et minutieux déchiffrement de la Fresque dite "du Bon gouvernement" (qui court donc sur trois murs de la sala della Pace, Palazzo publico, Sienne), et des conditions d’urgence dans laquelle elle a été peinte par Ambrogio Lorenzetti en 1338, non seulement Patrick Boucheron, spécialiste du moyen-âge italien, rend le regard au touriste pressé que nous avons pu être. Mais, en redonnant à la fresque le sens qu’elle a pu avoir en son temps (le gouvernement communal menacé par l'avènement de Seigneurie), il nous fait prendre la mesure des périls obscurs, mais imminents, qui couvent au sein de l'esprit public, celui de nos prédécesseurs, et le nôtre aussi, au premier chef.

Une érudition impressionnante est mise au service d'une aventure humaine, - celle de Boucheron habité par cette fresque et par cette ville, dont la violence civile insensée s'exprime aujourd'hui dans le spasme du Pallio.

 

Par rene - Publié dans : Italie
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Mercredi 29 janvier 2014 3 29 /01 /Jan /2014 04:10

Il y a dans le très beau film Buongiorno, notte [2003], de Marco Bellocchio [1939], une scène qui m'émeut toujours profondément. 

Comme chaque année depuis la mort de son père, Chiara, 23 ans, est présente au cimetière pour l'hommage que rendent famille et amis au vieux communiste, ancien partisan. Après la prière (l'Italie est décidément chrétienne !), voici le repas joyeux, où l'oncle place l'espérance d'un avenir de progrès et de paix sous la mémoire partisane, dont participent ces hommes aux cheveux blancs, désormais tranquillement installés dans la vie. C'est alors que tous entonnent "Fischia il vento", sans doute la chanson antifasciste partisane la plus populaire avec "Bella Ciao". (Voir les paroles et la traduction, ci-dessous). Et un mariage voisin se joint au chœur...

Chiara est assise dans l'herbe, avec un gentil soupirant transi qui l'a accompagnée. Tous deux vont se joindre à cette communion. Le jeune homme chante joyeusement, mais Chiara reste silencieuse.

Car Chiara, la jeune bibliothécaire apparemment sans histoires, est en fait membre du commando des Brigades rouges qui vient d'enlever Aldo Moro, le leader de la Démocratie chrétienne, père avec Berlinguer du Compromis historique (nous sommes en mars 1978), et qui l'assassinera.

Dans cette mise en abîme - (l'espérance démocratique rouge de la levée partisane de 1943-1945, que chante la famille / le délire théoricien "prolétarien" des brigadistes, qui habite Chiara), qui est le juste, qui est le vrai partisan ? Où se situe le juste combat, entre le suicide hyper-réformiste du PCI et la dérive suicidaire des brigadistes ? Par où passe un avenir effectivement de progrès et de bonheur ? La chanson exalte le "rebelle", les chanteurs ne sont plus rebelles, et les amis de Chiara se disent les vrai rebelles de l'Italie du compromis historique (bientôt avorté). Mais leurs méthodes par lequelles ils prétendent défendre et réveiller la classe ouvrière ne sont-elles pas, quoiqu'ils s'en défendent, des méthodes dignes des fascistes qu'ils veulent combattre ?

À la fin de cette séquence de communion, le regard douloureux de Chiara la silencieuse, exprime toute cette interrogation entre les Siens et les Siens... 

 

Un film à voir et à revoir, si vous en avez l'occasion.

 

"Fischia il vento" a été écrit, sur l'air de la populaire chanson soviétique Katioucha, par le jeune partisan communiste Felice Ciascone [1918], abattu en 1944 par les fascistes.

 

 

Fischia il vento, urla la bufera,

scarpe rotte eppur bisogna andar,

a conquistare la rossa primavera

dove sorge il sol dell'avvenir.

A conquistare la rossa primavera

dove sorge il sol dell'avvenir.


Ogni contrada è patria del ribelle,

ogni donna a lui dona un sospir,

nella notte lo guidano le stelle,

forte il cuore e il braccio nel colpir.

Nella notte lo guidano le stelle,

forte il cuore e il braccio nel colpir.


Se ci coglie la crudele morte

dura vendetta verrà dal partigian,

ormai sicura è già la dura sorte

del fascista vile e traditor.

Ormai sicura è già la dura sorte

del fascista vile e traditor.


Cessa il vento, calma la bufera,

torna a casa il fiero partigian,

sventolando la rossa sua bandiera

vittoriosi, alfin liberi siam.

Sventolando la rossa sua bandiera

vittoriosi, alfin liberi siam.

 

Siffle le vent, hurle la tempête

Souliers cassés et pourtant il faut continuer

Pour conquérir le printemps rouge

Où se lève le soleil de l'avenir

Pour conquérir le printemps rouge

Où se lève le soleil de l'avenir


Chaque contrée est la patrie du rebelle

Chaque femme soupire après lui

Dans la nuit il est guidé par les étoiles

Son cœur et son bras sont forts au moment de frapper

Dans la nuit il est guidé par les étoiles

Son cœur et son bras sont forts au moment de frapper


Si la mort cruelle nous surprend

Dure sera la vengeance du partisan

Il est déjà tracé le destin fatal

Du fasciste, lâche et traître.

Il est déjà tracé le destin fatal

Du fasciste, lâche et traître.


Cesse le vent, se calme la tempête

Le fier partisan rentre chez lui

En agitant son drapeau rouge

Enfin, nous sommes libres et victorieux

En agitant son drapeau rouge

Enfin, nous sommes libres et victorieux

 

Cascione

      Felice Ciascone

Par rene - Publié dans : Italie
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Mercredi 18 décembre 2013 3 18 /12 /Déc /2013 16:51

 

http://www.jolpress.com/italie-forconi-fourches-enrico-letta-manifestation-beppe-grillo-article-823577.html

ENTRETIEN AVEC RENÉ MERLE

 

Italie : l’austérité à l’épreuve de la mobilisation du peuple

 

Face à une politique d’austérité de moins en moins supportable, la grogne monte en Italie. Le mouvement protestataire des Forconi, symbole d’un malaise social manifeste, a mené, la semaine dernière, une action d’envergure pour bloquer le pays. René Merle, romancier, agrégé d'histoire, docteur ès lettres, et observateur de la vie politique italienne, répond à nos questions sur ce mouvement de contestation.

 

 

JOL Press : Le mouvement protestataire des « Forconi » est très difficile à appréhender par son hétérogénéité... qui regroupe-t-il en plus des agriculteurs l’ayant initié ?

René Merle : À vrai dire, c’est tout à fait nébuleux, parce que le mouvement des Forconi n’a pas une organisation permettant de repérer qui dirige. On a l’impression que le mouvement s’autogère avec des initiatives locales, qui sont remontées du sud vers les grandes cités du nord. On ne sait pas qui lance les mots d’ordre et les initiatives de blocage.

Ce qui est frappant et tout à fait nouveau, c’est que ce mouvement, regroupant à l’origine des paysans, puis des camionneurs, unis dans les Forconi, les fourches, a agrégé toutes sortes de secteurs sociaux en difficulté. Toute une jeunesse déboussolée par le manque de perspectives, des précaires et des chômeurs, a rejoint la protestation.

JOL Press : Ce mouvement a-t-il été « déclenché » par un événement particulier ou est-ce davantage la manifestation d’un ras-le-bol général face à l’accumulation des programmes d’austérité ? 

René Merle : On peut penser que c’est un ras-le-bol général. Il y a en Italie, un discrédit de la classe politique, qui est ancien, mais qui s’est manifesté avec une acuité nouvelle dernièrement, avec l’arrivée aux commandes du gouvernement Letta, qui réunit à la fois les anciens communistes du centre gauche, du parti démocrate, et les partisans de Berlusconi. Ces derniers se sont empoignés pendant des années et gèrent aujourd’hui l’Italie, avec une aggravation de la politique d’austérité. C’est certainement la goutte d’eau qui a fait débordé le vase.

Le ras-le-bol qui était latent a été extériorisé suite au désespoir provoqué par l’impuissance de la classe politique à sortir de l’austérité. Il n’y a pas eu d’événement déclencheur stricto sensu, c’est plus le climat ambiant des derniers mois, depuis la mise en place du gouvernement Letta.

JOL Press : Ce gouvernement n’est pourtant au pouvoir que depuis quelque mois, n’est-il pas surprenant que son départ soit réclamé dès maintenant ?

René Merle : Le peuple ne laisse pas de temps au gouvernement par ce que ce dernier a annoncé qu’il allait continuer la politique économique menée par ses prédécesseurs. Effectivement, il est au pouvoir depuis très peu de temps, mais il a affiché clairement son projet pour l’avenir.

JOL Press : Les Forconi protestent donc contre les politiques d’austérité, avec la hausse des impôts et des taxes, mais également contre la corruption de la classe politique ?

René Merle : Exactement. La revendication des petits paysans et des camionneurs est très précise, ils souhaitent une diminution des taxes, notamment sur le gasoil. Comme on peut s’en douter, ce n’est pas cette taxe sur le gasoil qui conduit les jeunes précaires de Turin ou Milan à descendre dans la rue, ils veulent faire savoir que leur situation n’est plus supportable.

Ce qui est significatif, c’est qu’une partie des forces de police a manifesté sa solidarité aux protestataires. Le symbole est grand et atteste du sentiment partagé d’un désespoir face aux politiques d’austérité. Il faut s’imaginer, en France, des CRS enlevant leur casque et fraternisant avec les manifestant, cela ferait grand bruit.

JOL Press : En plus de ce geste de certains policiers, plusieurs partis politiques comme le mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo et la Ligue du Nord ont apporté leur soutien aux protestataires, comment réagissent les autres partis politiques ?

René Merle : Ce qui se passe actuellement est tout à fait singulier. Aux manifestants du début, s’est jointe une foule de jeunes, qui n’appartiennent à aucune organisation, ou viennent de l’extrême droite ou de l’extrême gauche. En France, avec les bonnets rouges, il y a une dimension régionale et identitaire forte, alors qu’en Italie, ce n’est pas du tout régional, les manifestations touchent toutes les régions. Elles sont d’ailleurs très brutales, puisqu’on bloque les autoroutes, les routes, les gares, les supermarchés, on oblige des magasins à fermer.

Les protestataires ont en effet reçu le soutien de Beppe Brillo, chef du mouvement 5 étoiles, et de Silvio Berlusconi, même s’il s’est un peu rétracté depuis. Les partis institutionnels, classiques, ont en revanche gardé leurs distances, l’initiative de soutien de Berlusconi restant privé, si l’on peut dire. Des personnes très différentes soutiennent le mouvement, si bien que si l’on peut le définir socialement, il est très difficile de le définir politiquement.

Pour l’expliquer il très important de regarder les mutations qu’a connues l’Italie. Depuis une vingtaine d’année, on assiste à la fin du fordisme. C’est la fin des grandes entreprises, comme Fiat à Turin ou les boites métallurgiques à Gênes. Ce changement a été encouragé par le patronat, parce qu’il y avait des luttes sociales très fortes, avec des syndicats très structurés. Le patronat a déplacé la production de grandes structures, vers toute une myriade de sous-traitants, de petits producteurs qui constituent désormais le tissu industriel de l’Italie du Nord. A l’heure actuelle, ils sont en plein désarroi, parce qu'avec la crise, ils n’arrivent plus à s’insérer dans une perspective de prospérité, beaucoup ferment boutiques, et donc, ils rejoignent en masse les protestataires.

JOL Press : A-t-on des informations sur la poursuite de la contestation ?

René Merle : On n’a aucune information. Cela a débuté le 9 décembre, et s’est prolongé jusqu’à la fin de la semaine, avec les réseaux sociaux notamment. Mais comme il n’y a pas de direction commune, on ne sait pas quelle sera la suite des événements. Ce qui est en revanche certain, c’est que ce n’est pas fini.

JOL Press : On a l’impression que la contestation depuis la crise se manifeste en Italie davantage de manière politique que par des mouvements massifs de rue, confirmez-vous cela ?

René Merle : Oui tout à fait. Le mouvement de Grillo, qui a émergé avec la crise, et a été structuré et élargi grâce à internet, n’est pas un mouvement de rue, sinon par ses meetings, mais qui restent très pacifiques. L’objectif, c’est clairement les élections. Ce à quoi on a affaire avec le mouvement protestataire des Forconi est très différent, la perspective n’est pas électorale.

Il est certain que les élections européennes approchant, des partis comme la Ligue du Nord et les Cinq Étoile vont essayer d’en profiter, mais dans l’immédiat, on n’a pas du tout l’impression qu’il s’agit d’un mouvement qui se place dans une perspective électoraliste.

Propos recueillis par Rémy Brisson pour JOL Press

 

 

 

 

 

 

Par rene - Publié dans : Italie
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Mercredi 11 décembre 2013 3 11 /12 /Déc /2013 01:09

forconi

 

Depuis un an, le mouvement "interclassiste" des Forconi (porteurs de fourches), né dans la paysannerie sicilienne, a remonté la péninsule, jusqu'aux grandes villes du Nord. Il est marqué, comme d'une certaine façon celui des Bonnets rouges en Bretagne, par un aspect interclassiste, où les "petits" suivent les "plus gros". Mais en Italie, à la différence de la France, c'est tout un pan de la jeunesse sans avenir, celle des précaires et des chômeurs, qui s'engouffre dans la protestation antifiscale des petits patrons. Le propos de cette jeunesse n'est pas le refus d'un impôt qu'elle ne paye pas, mais celui d'un régime qui ne lui offre plus d'avenir. 

 Des événements très graves se sont produits ce lundi à Turin.

"A l'origine, le mouvement des « forconi » est apparu chez les paysans de Sicile, rejoints ensuite par des chauffeurs routiers, des petits patrons, des chômeurs et des précaires autour de la crainte d'une augmentation des taxes ou des impôts. Les manifestations de lundi ont été marquées par des affrontements avec la police mais lors d'un face-à-face entre forces de l'ordre et manifestants à Turin, des policiers ont ôté leur casque et sympathisé avec les protestataires". (dépêche d'agence).

Ce geste des jeunes policiers est significatif du ras-le-bol de la jeunesse en désarroi ; il marque peut-être le début de l'effondrement de l'autorité de l'État (un État depuis longtemps bien malade en Italie), il est porteur de graves périls pour une démocratie impuissante. L'alliance de la gauche (PD) et de la droite italiennes dans le gouvernement actuel, et la politique drastique d'austérité menée par  portent ainsi des fruits amers : le rejet de la politique ouvre la porte à des forces obscures, dont la voix de Grillo, (qui appelle les policiers à suivre partout l'exemple de leurs collègues de Turin) n'est que l'expression caricaturale. 

Ce qui pend au nez des Italiens, et qui nous pend également au nez (sous d'autres formes), est l'inefficacité d'une protestation "démocratique", "antifasciste", contre ce mouvement, tant est grand chez ces jeunes protestataires le sentiment que ceux qui devraient les défendre ont trahi, et le sentiment que ceux qui ont un emploi, qui participent d'une sécurité sociale, ne s'intéressent pas au sort de la jeunesse. L'ennemi désigné par les exclus n'est plus le capitalisme, si tant est qu'il l'a jamais été : il est le monde des "inclus" qui croient encore à la politique politicienne. La force protestataire, voire révolutionnaire, est détournée...

L'Italie, à nouveau laboratoire ?

forconi

 

Par rene - Publié dans : Italie
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Vendredi 22 novembre 2013 5 22 /11 /Nov /2013 04:08

piazza-fontana  

 

J'évoquais hier, dans la traduction d'un article de Pasolini, cette "stratégie de la tension" qui ensanglanta l'Italie de la fin des années 1960 au début des années 1980. Les études abondent sur cette période décisive.

Mais je signale aussi l'excellent film de  Marco Tulio Giordana, Romanzo di una strage, 2012, présent actuellement sur les écrans et petits écrans français sous le titre de Piazza Fontana (la place de Milan où eut lieu le sanglant attentat du 12 décembre 1969). Très éclairant et sans manichéisme facile. Laissez tomber les critiques de quelques-uns de nos oracles médiatiques français qui n'ont vu là que redites inutiles, et surtout qui ne veulent pas admettre l'implication de responsables des services secrets italiens, étatsuniens et de l'OTAN dans la manipulation visant à mettre à bas l'influence du PCI, y compris au prix de l'avènement d'un pouvoir autoritaire à la grecque...

Par rene - Publié dans : Italie
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  • : René Merle, agrégé d'histoire, docteur ès lettres, chroniqueur et romancier - Ce blog présente le fruit d'un travail personnel de recherche et de documentation sur la culture d'Oc, l'écriture du francoprovençal, l'histoire du mouvement républicain et du mouvement ouvrier. On y trouvera aussi des réflexions concernant l'actualité sociale et politique. Il propose également un reflet d'une écriture personnelle de fiction (romans, nouvelles, poésie).
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